Soryan Nesh, de Maxime Fontaine

l

soryan_nesh_couverture

l

Le quotidien de Thomas est bouleversé le jour où un détective maladroit et sans-gêne détruit malencontreusement le magasin de porcelaine de ses parents. Il s’agit de Soryan Nesh, enquêteur du paranormal, qui travaille avec la plus fantastique des méthodologies : grâce à de mystérieux artefacts, il peut incarner des figures fictives célèbres et s’approprier leurs capacités. Voilà Thomas engagé comme stagiaire officiel de l’Agence des 100 Visages, pour résoudre aux côtés de Soryan et d’Alexandra, son assistante spirite, toutes les affaires qu’on voudra bien leur soumettre !
La première d’entre elles est la disparition de Moïra Torrène, jeune femme sans histoires employée dans une agence de cosmétiques… mais prétendument familière des forces occultes. L’Agence des 100 Visages n’aura pas trop des masques de Soryan, de la clairvoyance d’Alexandra et de la débrouillardise de Thomas pour découvrir la vérité !

 l

Maxime Fontaine est aussi bédéiste ! Il a résumé l’histoire de Soryan Nesh pour ses lecteurs :

 l

 l

Roman publié aux éditions Gulf Stream en mars 2019.
“L’affaire Torrène” : premier tome d’une série en cours.
Grand format, 200 pages.
Coût : 16€.

 l

l

Soryan Nesh n’en menait pas large.
Installé au fond d’un café, avachi sur une table, il maudissait le concours de circonstances qui l’avait fait devenir ce perpétuel caméléon anthropomorphe bondissant d’un mystère à l’autre au mépris de sa propre identité, et surtout de sa santé. […] En cet instant précis résidait en lui une aversion tenace pour les personnages issus du passé en général, et les détectives anglais de l’ère victorienne en particulier.
— Plus jamais je n’utilise le numéro 8, se promit-il pour la quinzième fois. Plus jamais jamais, c’est fini !
[…] La tête entre les mains, le nez contre le bois de la table, les traits crispés et les yeux clos, il se concentra sur ce simple mantra :
— Dès que je suis capable de rentrer rue des Trois-Frères, je me coule un bain chaud et j’envoie paître tout le monde… Dès que je suis capable de rentrer rue des Trois-Frères, je me coule un bain chaud et j’envoie paître tout le monde…

 l

l

J’ai eu la chance de découvrir une première version de L’affaire Torrène lors d’un court stage aux éditions Gulf Stream : lire la version finale de ce premier tome m’a fait replonger dans l’univers changeant et fantasque de Soryan Nesh, pour mon plus grand plaisir. Merci à Gulf Stream pour cet envoi !

 l

Des héros drôles et atypiques
Les trois protagonistes forment un schéma classique du trio d’enquêteurs : le patron énigmatique, la jolie jeune fille qui se sert de sa tête (il faudra que je parle plus en détail de ce que m’inspire ce genre de personnage, mais ce n’est ni le lieu ni le moment) et le héros tombé dans la marmite un peu par hasard, mais qui prouve sa valeur et se fait une place dans l’aventure. Cependant, cette fine équipe se démarque totalement de mes autres lectures de policier jeunesse grâce à un outil qui fait ressortir leur originalité : leurs interactions. Les dialogues sont pour moi l’une des principales qualités de ce roman, et c’est à travers eux que la plume de l’auteur prend ses meilleures envolées. Ils sont nombreux, vivants, avec une oralité romancée, et mettent en valeur tout le sel des relations entre Soryan et ses assistants.
Parce que si Soryan Nesh correspond à certains stéréotypes du détective énigmatique, il a beaucoup d’originalité à revendre ! À commencer par son comportement avec ses deux assistants. Soryan peut s’avérer d’une immaturité assez impressionnante, même si largement tournée en dérision par le livre. Il passe son temps à se faire remonter les bretelles par Alexandra et Thomas, dont il n’atteint pas la moitié du sens des responsabilités. Égoïste, capricieux, de mauvaise foi, ça doit être un cauchemar à côtoyer… mais c’est un tel spectacle à savourer en lecteur ! Ses mauvaises habitudes et ses défauts caractériels évitent qu’il apparaisse comme un être au-dessus des autres grâce aux pouvoirs de ses masques. Mention spéciale aux onomatopées qui jalonnent ses dialogues, quand sa mauvaise humeur est trop vache pour être exprimée par des mots.
Thomas et Alexandra sont tout aussi attachants, tour à tour complices pour remettre Soryan à sa place ou divisés par les mystères qui entourent le passé d’Alexandra. Au premier abord, Thomas fait un peu figure de cinquième roue du carrosse, bien modeste à côté de ses collègues tout sauf ordinaires. Mais il s’affirme rapidement et, magie ou pas, trouve son équilibre avec ses singuliers coéquipiers.

 l

Soryan Nesh dépoussière nos classiques
La véritable originalité de la série tient tout de même à son concept des masques, dont Soryan endosse l’identité. Il y en a un nombre assez impressionnant, que nous ne faisons qu’effleurer dans ce premier tome. Et déjà se remarque la volonté de l’auteur de mettre en avant des célébrités connues de tous comme des noms oubliés par la culture ou l’Histoire. Je pense par exemple au baron de Münnchhausen, dont j’ignorais complètement l’existence avant ma lecture. Grâce à leur diversité, nous découvrons ou redécouvrons des personnalités de tous horizons sous des jours insoupçonnés. Le roman mêle leurs caractéristiques à celles de Soryan Nesh, qui a une forte personnalité, et le résultat est toujours redoutable d’intelligence et d’efficacité. Surtout quand un masque s’avère trop puissant pour lui… Nous en saurons sûrement plus dans les prochains tomes !
Je salue, malgré certaines caractéristiques d’Alexandra (et une romance bateau qui, comme toujours, semble difficile à éviter), la présence de fortes personnalités féminines, qui ne s’appuient pas sur l’unique inversion des stéréotypes de genre pour se démarquer. On dira ce qu’on veut, le sexisme est encore trop présent en littérature policière (et aussi en jeunesse, même si c’est plus discret !) ; fort heureusement, Soryan Nesh ne s’en laisse pas conter.

 l

Un mélange de genre équilibré
Roman policier et de fantasy urbaine, L’affaire Torrène montre une remarquable maîtrise des ressorts narratifs. L’intrigue comporte nombre de rebondissements, elle échappe à la linéarité de certains romans policiers : on ne s’y ennuie pas une seconde. L’histoire mêle des enjeux magiques et réalistes, mais aussi humains, ce qui en fait une œuvre très dynamique qui peut intéresser beaucoup de profils littéraires différents. Outre l’aspect magique, l’histoire se débarrasse allègrement de certaines contraintes réalistes – je pense notamment aux parents de Thomas, encore collégien, qui sont mentionnés mais n’ont aucune incidence sur le déroulé de l’histoire. Mais c’est uniquement pour laisser plus de place à l’aventure, et ça ne pénalise pas du tout l’ambiance ! De manière générale, le roman a un ton très bon enfant, comme évoqué plus haut avec la qualité presque cartoonesque des dialogues. Un lien avec la casquette graphique de l’auteur, peut-être ?

 l

l

En bref…
Un personnage principal piqueté d’imperfections qui le rendent particulièrement attachant
Un concept scénaristique original
Une aventure aux multiples facettes qui ne laisse pas le temps de se lasser
Des dialogues très vivants et une bonne dose d’auto-dérision

 l

Shishi heureux

Shishi heureux

l

l

Avec ses masques, son sens du risque et son sale caractère, Soryan Nesh m’a convaincue. Plus qu’une hâte : découvrir ses prochaines aventures… et les nouvelles identités qui parsèmeront sa route !

 l

Si tu as aimé Soryan Nesh, tu aimeras…
Les Sept de Babylone, de Taï-Marc Le Thanh
Le site de Maxime Fontaine, Chroniques d’une famille recomposée, sur lequel il partage ses actualités littéraires et sa vie de famille sous forme de BD

l

l

Amitiés,
Chimère.
Partager sur les réseaux sociaux

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *