Une chimère au théâtre : Désobéir

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Salutations !
Cette année, j’essaie de diversifier mes horizons culturels, et ça m’amène à fréquenter… le théâtre. J’en profite pour vous écrire ce petit retour sur une pièce que je suis allée voir en mars au TNBA de Bordeaux.
Évidemment, je suis loin d’être une experte en la matière, et il est probable que des erreurs d’interprétation ou de jargon se soient glissées dans cette critique. Je m’en excuse d’avance !

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Visuel de la pièce de théâtre "Désobéir"

Désobéir
Mise en scène : Julie Bérès
Texte et dramaturgie : Alice Zeniter et Kevin Keiss
Comédiennes : Charmine Fariborzi, Lou-Adriana Bouziane, Hatice Ozer et Séphora Pondi
Durée : 1h15

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Désobéir a parfois du bon
Soucieux de garnir son programme de productions contemporaines et engagées, le TNBA a célébré le printemps en accueillant sur ses planches les énergiques comédiennes de Désobéir, une pièce dite d’« actualité » commandée par le théâtre d’Aubervilliers.

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Elles sont quatre à interpréter les témoignages – tous authentiques – de jeunes femmes, membres de familles immigrées en France, qui racontent leur émancipation, leur relation à leur culture d’origine, à l’islam… Certaines de ces histoires ont été vécues par les comédiennes elles-mêmes.
Pièce moderne et sans barrières, Désobéir a fait sien le théâtre de Brecht pour construire sa mise en scène. Les filles arrivent sur le plateau depuis l’espace du public, le quatrième mur est métaphoriquement pulvérisé à coups de poings et de pieds ! Une drôle de mise en abyme revisite une partie de L’Ecole des femmes de Molière : un spectateur est choisi sur le moment pour donner la réplique en tant qu’Arnolphe.

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Savoir donner de la voix
Plus que ces partis pris – dont certains commencent à perdre en originalité, je pense surtout à l’entrée depuis l’espace public –, ce sont les thèmes abordés par la pièce qui m’ont véritablement intéressée. Le texte déclamé par les comédiennes aborde sans détour des sujets contemporains et les examine sans pudeur, avec violence parfois. On en tire une substantifique moelle : la tolérance. Car les personnages ont beau s’écharper sur les sujets dont ils débattent, ils laissent le public seul juge des leçons à tirer de leurs arguments, sans chercher à lui imposer une vérité.
Et pourtant, beaucoup de ces sujets ont tendance à attiser les polémiques. Je pense par exemple au port du voile, mais aussi aux blagues racistes ou pas selon leur locuteur, au respect d’une religion avec laquelle on a été éduqué mais à laquelle on n’a jamais vraiment cru… Les comédiennes, complètement à l’aise, ont mis tout ça en lumière avec une franchise et une légèreté qui ont levé certains tabous et ont permis de véritables réflexions. Actrices de leurs propres histoires, elles en maîtrisaient tous les enjeux ; la subtilité de leur rôle, entre texte à réciter et témoignage à transmettre en temps réel, a donné une substance unique à leurs récits. Il y a eu de grands moments d’interaction avec le public, qui a très bien accueilli ce franc-parler – au-delà de ce à quoi je m’attendais, à vrai dire.
Malgré tout, quelques éléments sont restés source de mésentente : certains, dont je fais partie, ont perçu comme contradictoire une scène ambigüe au cours de laquelle une comédienne voilée enlève son hijab. Si la scène devait logiquement symboliser un changement de rôle, nous avons été plusieurs à y voir, à cause de la scénographie très marquée, une évolution impromptue du personnage, en désaccord avec les valeurs défendues par la pièce. Cette confusion m’a laissée perplexe pendant une bonne partie de la pièce, et montre ce qui selon moi est l’une de ses faiblesses : comme les comédiennes changent souvent de témoignage et que leurs éléments de transition ne sont pas toujours bien intégrés, le déroulé de leurs histoires finit par en pâtir. J’espère que j’ai juste été un peu plus bouchée que la moyenne (je ne m’engagerai à rien pour mes ami.es), et qu’il n’y a pas eu tant d’incompréhension que ça dans le reste du public.

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Et enfin, quel dynamisme !
Avec un thème pareil, on aurait pu s’attendre à une ambiance sérieuse ou même sombre, mais c’était sans compter l’énergie des comédiennes et leur indécrottable optimisme. Une seule d’entre elles est comédienne de formation, d’ailleurs : les autres ont été repérées grâce à l’appel à témoignages qui a nourri la pièce. Ce qui est fantastique, c’est que malgré leurs histoires et les thématiques de Désobéir, elles ont donné d’elles plus à voir que leurs seules origines : leurs talents artistiques. La danse et le chant dans lesquelles elles excellent sont utilisés tout au long de la mise en scène, et même celles dont ce n’est pas la spécialité se prêtent au jeu pour accompagner le mouvement. Ça donne au spectacle une dimension strictement artistique inattendue, ça lui permet d’enrichir ses tranches de vie et ses débats, et le mélange des disciplines est des plus agréables à découvrir.

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Malgré quelques incertitudes quant à certains messages délivrés et à la caractérisation ambigüe d’un personnage, Désobéir brille par sa vitalité et son authenticité, et donne envie d’aller plus souvent à l’encontre des règles qu’on ose nous édicter.
La pièce date de 2017 et tourne toujours dans les théâtres de France : si les filles déboulent dans ta ville pour parler danse et bienveillance, n’hésite pas à aller les voir !

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Shishi heureux

Shishi a adoré !

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C’en est fini pour ce premier avis théâtral. J’espère qu’il t’a plu malgré sa brièveté, et que je n’ai pas dit trop de bêtises dedans. Ça m’a fait plaisir de m’essayer à commenter de nouveaux supports artistiques, alors je réessayerai certainement à l’avenir !

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Amitiés,
Chimène.

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