Rouille, de Floriane Soulas

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Rouille couverture

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Derrière les airs aguicheurs de Duchesse, l’une des prostituées les plus en vue du Paris du XIXe siècle, se cache Violante, une jeune fille amnésique qui n’a survécu dans les bas-quartiers que grâce à de bonnes rencontres et beaucoup de débrouillardise. Après trois ans de travail pour gagner son pain et des recherches acharnées pour lever le voile sur son passé, des indices s’esquissent enfin grâce aux découvertes de Satine, sa meilleure amie… qui meurt assassinée avant d’avoir pu partager ce qu’elle avait découvert. Ce meurtre n’est que le dernier en date d’une inquiétante hécatombe de prostituées, qui semble liée à la propagation d’une nouvelle drogue exceptionnellement addictive, appelée la rouille. Aiguillonnée par son désir de vengeance, Violante se mêle aux dangereux trafics de femmes et de stupéfiants pour honorer la mémoire de Satine… et retrouver les secrets de la sienne.

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Roman publié aux éditions Scrinéo en mai 2018. One-shot.
Grand format, 385 pages.
Coût : 16,90€.

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Elle n’avait rien à faire ici, tout son corps le lui hurlait. Chaque jour, chaque caresse des hommes, chaque sourire d’envie qu’on lui adressait la révoltait. Sa place n’était pas dans un bordel. Mais seule et sans mémoire, sans preuve pour attester de ce que son instinct seul savait, elle restait prisonnière de Madeleine.
[…] Un jardin de cuivre et d’étain s’y épanouissait sous un imposant chandelier de fer et de cristal. Çà et là, des arbres mécaniques bruissaient doucement tandis que des fleurs à rouages déployaient leurs corolles articulées, exhalant de subtiles senteurs artificielles. Au milieu de cette jungle cuivrée, des sofas et des causeuses étaient disposés, petits îlots de plaisir pour la plupart déjà occupés. Violante sentit son cœur vaciller. Les jetons de cuivre pesaient contre sa cuisse.

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Du Young Adult, vraiment ?

(Parce que vous me connaissez, je suis incapable de faire une chronique sans râler !)

Le profil de l’héroïne y correspond, mais les thèmes abordés sont bien plus matures. La drogue et la prostitution sont des fils directeurs de l’intrigue et même si les enjeux de la drogue sont bien gérés, j’ai trouvé la figure historique de la prostituée un peu idéalisée… alors que la réalité était souvent bien plus dure. Je m’interroge sur la pertinence d’avoir une héroïne prostituée – et très probablement mineure – dans un roman classé en Young Adult, parce que même si les lecteurs sont assez matures pour lire ce genre de textes et que le métier de prostitué.e ne doit pas être dénigré, l’image renvoyée n’est pas conforme à la réalité et peut mener à des idées reçues parfois néfastes… malgré toutes les précautions prises par l’autrice. Même réserve concernant les deux jeunes hommes qui accompagnent Violante dans sa quête, qui sont deux proxénètes. Le roman est cohérent avec les messages qu’il défend et il prend suffisamment de précautions pour nuancer ses propos, mais qu’il soit présent dans une collection de Young Adult a compliqué ma lecture.

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Un premier roman bourré de talent
Outre ces libertés morales, le livre comporte quelques défauts… mais si peu pour un premier roman ! La maîtrise des personnages, du scénario et des scènes d’action est impressionnante. Floriane Soulas est une amatrice de fantasy, qui a approfondi ses connaissances tant en littérature qu’en écriture – ça se voit au premier coup d’œil sur sa chaîne YouTube. Et ces efforts ont porté leurs fruits ! Mes seules réserves au niveau de l’histoire concernent le caractère de Violante, qui est dépeinte comme une jeune dame rebelle mais passe l’essentiel de son temps à se disputer avec ses amis à gros bras pour avoir le droit de les accompagner hors de sa maison close, et le bien-fondé de son prénom (qui, même débordant de classe, sied étrangement à la demoiselle une fois qu’on connaît mieux ses origines).
À part ça, un pur régal. Avec un univers de steampunk, on aurait pu s’attendre à évoluer dans un Londres victorien, mais c’est Paris qu’a choisi l’autrice, et avec succès. Un Paris enchanteur, aux paysages idylliques, à l’architecture raffinée : le dôme qui surplombe les beaux quartiers, les magnifiques manoirs… malgré cet environnement très urbain, la présence d’une certaine forme de nature apporte une touche d’originalité et se couple parfaitement à l’aspect industriel, comme vous avez pu l’entrevoir dans l’extrait cité plus haut. Je tiens à souligner la qualité de tout ce qui touche à la mécanique, à son utilisation dans un cadre scientifique : il y a moult détails et même les quiches en sciences de mon acabit peuvent saisir toute leur subtilité. Les éléments uchroniques développés par l’autrice sont pertinents et bien expliqués ; j’aimerais bien y vivre, dans ce Paris novateur… mais du bon côté du Dôme, par contre !
Comme évoqué plus haut, le dynamisme des scènes est remarquablement maîtrisé : on ne s’ennuie pas d’une action à l’autre et le mystère des origines de Violante, aux enjeux fort osés, se dévoile avec classe et réalisme. Le roman est équilibré et la scène du dénouement s’est avérée spectaculaire ; en petite âme sensible, j’ai frissonné plus d’une fois…
Comme la majorité des lecteurs, je dois relever les nombreuses coquilles présentes dans le texte. Mais je suppose que le souci a été corrigé dans les tirages les plus récents !

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Points forts
Un roman exceptionnel pour une première publication
Un univers steampunk développé et enchanteur
Une enquête prenante qui fait réfléchir du début à la fin

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Points faibles
Une héroïne parfois stéréotypée
Quelques répétitions qui auraient pu être évitées
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Shishi heureuxShishi heureux
***

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Rouille, c’est un roman qui, malgré sa classification sujette à controverses, est un bijou d’imaginaire riche et qualitatif. L’autrice a mené haut la main ce premier roman en évitant tous les écueils du débutant. Imaginez ce qu’elle écrira avec davantage d’expérience ! Son prochain roman est d’ores et déjà signé chez Scrinéo et je ne sais pas vous, mais moi je l’attends avec impatience…

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Si tu as aimé Rouille, tu aimeras…
Les mystères de Larispem, de Lucie-Pierrat-Pajot
La Voie des oracles, d’Estelle Faye
Floriane Soulas est aussi youtubeuse. Elle parle de ses lectures et de son écriture avec un enthousiasme communicatif !

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Amitiés,
La Chimère.
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2 commentaires

Enora - Ecume des mots · 27 février 2019 à 13 h 00 min

Déjà que j’adore la couverture…. Maintenant avec ta chronique j’ai terriblement envie de le lire ! Ne serait-ce que pour voir comment l’actrice a abordé le thème de la prostitution, quoiqu’en plus l’histoire a l’air fichtrement intéressante 🙂

    Chimene · 8 mars 2019 à 11 h 40 min

    Ahah cool !
    Bah le thème de la prostitution est vachement idéalisé, ce qui est un problème important pour moi… Mais ça serait intéressant d’avoir ton avis sur la question^^

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