Signe particulier : Transparente, de Nathalie Stragier

 

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Transparente

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Transparente

La future couverture du roman, bien plus élégante que celle de mon exemplaire !

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Esther a quinze ans ; cette année, elle est entrée en seconde. Elle a une particularité qui fait son désespoir au quotidien : sa discrétion est telle que si elle ne rappelait pas constamment son existence à son entourage, amis et même famille, elle pourrait finir par s’effacer complètement de leur mémoire… Elle subit cette situation avec un abattement résigné, survit sans vraiment profiter de son adolescence comme son excentrique meilleure amie ou sa grande sœur envahissante.
Esther aurait pu mener cette vie insipide longtemps encore, mais un beau jour, sa tare prend une dimension nouvelle et très inquiétante. En plein cours de sport, Esther… disparaît, tout simplement ; au-delà d’un simple sentiment d’abandon, elle devient invisible et inaudible pour toutes les personnes qui l’entourent !
Le phénomène l’effraie… Cependant, peu à peu, elle l’apprivoise et apprend à en faire non pas un handicap, mais un véritable pouvoir. Le monde des invisibles s’ouvre à elle, plein de mystères à exploiter. Esther finirait presque par se sentir plus vivante invisible que visible ; elle pense avoir trouvé sa place en sa nouvelle qualité de transparente. Mais cette particularité est à payer au prix fort ; Esther consentira-t-elle à l’ultime sacrifice pour profiter d’une liberté illusoire ?

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Roman publié aux éditions Syros le 30 août 2018.
One-shot, 309 pages pour la version anticipée (grosse écriture).
Coût : 17,95€

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Comment j’ai découvert Signe particulier : Transparente :
J’ai reçu ce roman dans le cadre d’un partenariat avec les éditions Syros. Merci pour votre confiance !

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Combien de temps allait-elle rester invisible et inaudible ? Esther l’ignorait, mais elle voulait en profiter au maximum. S’arrêtant une seconde, elle réfléchit. Ses disparitions n’avaient jamais excédé plus de quelques minutes. Il fallait qu’elle se dépêche.
Elle se mit à courir et descendit les escaliers quatre à quatre jusqu’au rez-de-chaussée. Là, elle s’engouffra dans le couloir et s’arrêta quelques mètres plus loin, essoufflée, devant la salle des professeurs. La porte était fermée, mais elle savait que ce n’était plus un problème pour elle.
Sans angoisse, elle franchit la porte, à peine gênée par le picotement déjà presque familier, et se retrouva dans cette salle habituellement taboue, au milieu des enseignants surpris dans leur milieu naturel, sans qu’aucun d’eux ne puisse soupçonner sa présence.

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Une intrigue simple mais bien menée
Signe particulier : Transparente tourne autour d’un élément simple, qui est la transparence d’Esther. Tous les enjeux du roman y sont liés : Esther va-t-elle lutter ou accepter cette particularité ? Osera-t-elle s’en servir, tels un Gygès ou un Frodon, pour accomplir des objectifs personnels allant à l’encontre du bien commun ?
Le roman ne propose rien de nouveau en soi avec cet élément déclencheur. C’est la façon dont il va le traiter qui fait tout son piquant ! Assez courante dans l’imaginaire jeunesse, notons tout de même que la transparence se retrouve plus souvent dans des histoires de fantômes que dans des semi-réalistes comme celle-ci. Ici, la transparence n’est pas un symptôme du thème, c’est le thème lui-même… Il est populaire depuis des siècles, comme le montrent les exemples cités plus haut. Mais dans Signe particulier, il va servir à aborder des problématiques modernes, dans un cadre contemporain : comme quoi, l’humanité continue d’utiliser des fantasmes millénaires pour se confronter à ses angoisses profondes.
Bien qu’Esther soit lycéenne, je trouve que ce roman s’adresse davantage à un public collégien : Esther n’est pas très mature, même si elle va évoluer au fil de ses aventures, et malgré ce qu’elle affronte, son quotidien reste très confortable et peu anxiogène. Aucun souci de famille majeur ne vient s’ajouter à ses difficultés personnelles, ce qui n’est pas plus mal : sa timidité littéralement maladive suffit à mettre l’intrigue debout.

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Esther, une héroïne touchante
Esther a plusieurs points communs avec Andrea, l’héroïne de Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous, premier succès romanesque de Nathalie Stragier. Les deux sont plutôt effacées, ont du mal à trouver une place dans leur quotidien de lycéenne. Sauf qu’Esther ne s’appuiera pas sur une Pénélope pour s’affirmer : elle devra y parvenir toute seule, ou ne pas y parvenir ! Le personnage de God n’est pas comparable à Pénélope, évidemment. Même si les deux sont de sacrées têtes de mule.
Esther est somme toute très attachante. Nous suivons principalement l’histoire en interne, de son point de vue quoiqu’à la troisième personne ; son impuissance résignée quand ses proches l’ignorent, quand elle est victime de l’inattention des autres jusqu’à ce que ça la pénalise assez gravement. Cette invisibilisation m’a parfois paru exagérée, pas assez crédible. Mais le roman, malgré ses racines très réalistes, dérive suffisamment dans le fantastique pour que les détails ne soient pas si dérangeants.

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Un roman qui pioche dans tous les genres
J’ai dit plus haut que je trouvais le cadre de l’histoire très classique, mais Nathalie Stragier a su donner à son œuvre une polyvalence très appréciable quant aux genres auxquels elle se mêle. On part donc sur du réalisme, pour plonger dans le fantastique, puis carrément dans une espèce de fantasy urbaine… Avec des accents de thriller et de policier ! Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous jouait aussi sur ce genre d’ambivalence en empruntant à la science-fiction, au comique et au fantastique… Les frontières des genres sont poreuses, et l’autrice sait en jouer pour donner à ses livres une originalité naturelle.
J’ai parlé plus haut d’une narration interne, au point de vue d’Esther, mais la forme du roman est plus compliquée que ça : un mystérieux narrateur s’exprime à la première personne, et se focalise volontairement sur Esther comme pour entrer dans sa tête ! Parti pris très intrigant au départ, qui se justifie efficacement au fil des pages… Nous finirons par découvrir l’identité de ce narrateur secret, qui est largement soupçonnable assez tôt dans l’histoire.

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Un questionnement de l’éthique à travers des personnages singuliers
J’ai déjà abordé la question de l’éthique soulevée par le pouvoir de transparence, mais sans parler de God : c’est le personnage qui, pour moi, incarne le mieux cette problématique. Néanmoins, difficile de parler d’elle sans trop spoiler ! Tel un génie tentateur, elle va essayer de corrompre Esther, volontairement ou pas… Instable et imprévisible, elle est détentrice d’un incontestable charisme, même si j’ai parfois trouvé son portrait psychologique un peu trop simplifié pour être crédible.
Les caractéristiques de la transparence sont à elles seules une véritable métaphore de l’invisibilisation sociale que subit Esther, de leurs pouvoirs grisants aux dangers auxquels elles exposent. Une belle brochette de personnages, en commençant par God, vont en montrer des aspects décisifs. Le monde des transparents est plus vaste qu’on ne le pense…

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Points forts :
Héroïne attachante
Problématique contemporaine et efficace
Jeu sur le narrateur mystérieux
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Points faibles :
Éléments d’invisibilisation parfois peu crédibles

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Signe particulier : transparente délivre un message positif ; il s’adresse aux adolescentes peu confiantes en elles, métaphorise leurs angoisses pour mieux les combattre. Un roman identitaire, de transition, avec un style fluide et des personnages très agréables à suivre au fil des pages.

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Si tu as aimé Signe particulier : transparente, tu aimeras…
Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous, de Nathalie Stragier
Nos âmes jumelles, de Samantha Bailly
Quatre filles et un jean, d’Ann Brashares

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Amitiés,
La Chimère.
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