Warcross, de Marie Lu

 

Warcross

 

Dans un futur proche, Emika Chen est une adolescente indépendante qui survit tant bien que mal dans les bas quartiers de Manhattan. Chasseuse de primes par nécessité, hackeuse par passion, elle partage son temps entre des captures de malfrats pour gagner quelques dollars et des parties endiablées sur Warcross, le jeu vidéo du moment. Véritable phénomène de société, Warcross offre une immersion unique au sein d’un univers entièrement virtuel : cinq joueurs partenaires y évoluent pour tenter de récupérer l’artefact de l’équipe adverse. Chaque année, un championnat planétaire offre aux amateurs des combats hauts en couleurs entre les meilleures équipes du monde. Emika est douée, mais son quotidien compliqué l’empêche de jouer autant qu’elle le voudrait pour progresser. Avec son compte pirate, elle parvient parfois à hacker d’autres joueurs pour leur voler des objets et les revendre… Mais cette fois-ci, elle s’est attaquée à un trop gros morceau.
Pendant la partie d’ouverture du championnat, Emika voit son identité de hackeuse brutalement révélée à la Terre entière à cause d’une mauvaise manipulation informatique. Suite à cet incident, le créateur de Warcross en personne s’intéresse à elle ! Il semblerait qu’il ait besoin de ses talents d’informaticienne pour contrer un danger imminent, qui menace le championnat… et Warcross tout entier.

 

Roman publié aux éditions Pocket Jeunesse en janvier 2018. Premier tome d’une série. Gros format (c’est plus très Pocket tout ça), 408 pages.
Coût : 18,50€.
J’ai lu le roman en service presse, exemplaire prêté par une libraire à l’occasion d’un club lecture.

 

Une petite mise en bouche…
Mes lunettes sont vieilles, usées, elles ont plusieurs générations de retard, n’empêche qu’elles fonctionnent encore très bien. Quand je les chausse, les oreillettes se mettent en place pour occulter le bruit de la circulation à l’extérieur et les bruits de pas à l’étage du dessus. Notre modeste appartement, et tous mes soucis avec lui, est remplacé par le noir et le silence. Je soupire, soulagée de pouvoir laisser la réalité derrière moi un moment. Une lumière bleu électrique emplit mon champ de vision et je me retrouve debout au sommet d’une colline, au-dessus d’un Tokyo virtuel qui a toutes les apparences du vrai. Le seul rappel sue j’évolue dans une simulation est un cadre clair qui flotte devant mes yeux.
Bienvenue, [néant]
Niveau 24 | 430 T
Puis ces deux lignes disparaissent. Mon vrai pseudo n’est pas [néant], bien sûr. Avec mon compte pirate, je peux jouer de manière anonyme : les autres joueurs me voient sous un pseudo généré de manière aléatoire.

 

 

Je lis très peu de littérature étrangère, mais Warcross me ferait presque regretter ce manque de curiosité.
Le speech est simple mais efficace ; le roman se place dans une action explosive, à grands renforts d’affrontements réels comme virtuels. Cette approche permet une excellente dynamique scénaristique, par contre il y a quelques faiblesses de scénario sur lesquelles on reviendra plus tard.
Avec Warcross, le superflu dégage ! L’immersion est très facile et le lecteur adhère rapidement à la personnalité d’Emika. Des scènes d’action véritable à celles qui offrent un instant de répit aux protagonistes, la tension ne retombe pas un seul instant, et ça rend la lecture addictive. L’univers du jeu Warcross, à l’instar de jeux réels (surtout les actuelles battle royales à la PUBG ou Fortnite, mais aussi Overwatch), a un fonctionnement tout bête mais offre néanmoins beaucoup de possibilités de gameplay, ce qui permet aux personnages joueurs de se diversifier dans le roman. Idem pour l’univers au sens plus large : le roman se place dans une légère anticipation (depuis nos jours, je dirais années 2030 ou 2040), et fait un miroir très réaliste d’une potentielle évolution de notre société. Le virtuel est complètement intégré à la vie quotidienne, la mondialisation est plus présente que jamais. Aucune problématique écologique n’est abordée, mais il faut dire que nous suivons le point de vue d’Emika et que vu ses conditions de survie, elle n’en a pas grand-chose à cirer. Dans le tome 2, peut-être ? ça serait bien d’en parler un peu, même en simple évocation, parce qu’à part pour cet aspect, l’anticipation est très complète et crédible.
Les protagonistes eux-mêmes offrent une diversité très appréciable. J’imagine que c’est en partie dû au fait que les joueurs de Warcross viennent du monde entier, et se sont rassemblés pour le championnat : il y a des ethnies des quatre coins du globe. Pareil pour la dimension LGBT+ : certes, la majorité des personnages n’est pas concernée, mais il y a quand même une petite proportion de queer, et cerise sur le gâteau, ça ne fait pas du tout l’effet « quota à remplir », c’est tout naturel et personne ne les remet en question. Idem pour la parité, c’est une réalité dans l’univers de Warcross et ça fait bien plaisir.
 rr
Mais Warcross compte malgré tout quelques défauts. Comme évoqué plus haut, la dynamique du roman, qui se concentre sur une action facile et efficace, laisse échapper quelques difficultés qui, à mon avis, auraient pu se régler avec un peu plus de rigueur scénaristique.
Tout d’abord, Emika Chen. Elle est caractérisée et attachante, néanmoins… ce qu’il lui manque, c’est des défauts. Emika ressemble énormément à une Mary-Sue. Pas de défaut notable, ou alors des défauts évoqués qui n’apparaissent jamais concrètement ? Tout ce qu’elle entreprend, même déraisonnablement, se finit bien ou sans conséquences suffisantes par rapport au danger encouru ? Bingo, bingo. Sans compter ses capacités de piratage qui, même appuyées efficacement par le scénario, auraient mérité un meilleur développement. C’est-à-dire qu’aucune de ses opérations informatiques n’est décrite dans le détail ; elles ne sont qu’évoquées, puis on passe à autre chose. Dommage pour une héroïne dans le point de vue de laquelle on est si immergé concernant tous les autres aspects de sa vie. Du coup, ses capacités de piratage apparaissent limite comme du TGCM (« Ta gueule c’est magique ») : aucune de leurs caractéristiques n’est expliquée, ça sert donc de réponse exhaustive à tous les périls rencontrés par l’héroïne.
La relation d’Emika et Hideo m’a aussi beaucoup dérangée. Pas qu’elle soit mal maîtrisée, au contraire ; pour un truc aussi singulièrement prévisible, on peut dire que l’autrice a remarquablement géré son suspense et les scènes concernées. Mais je m’attendais à un tout autre développement qui aurait été beaucoup plus logique, et tout aussi intéressant. Là, sans te spoiler, on dirait qu’il fallait absolument caser cette relation dans le roman, même si ça devait se faire au détriment d’un autre chemin scénaristique. Après, c’est aussi par goût personnel que je suis autant déçue ; le résultat final est de qualité, c’est tout ce qui compte finalement.
Et enfin, le dernier retournement de situation concernant « Zero ». Alors, j’ignore si je suis la seule mais personnellement, je l’ai senti venir de très, très loin. C’était complètement grillé. En espérant que malgré cette petite déception, Marie Lu saura utiliser cet élément à bon escient par le futur !

 

 

Points forts :
Univers d’anticipation crédible
Héroïne attachante
Univers du jeu vidéo développé
Narration dynamique
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Points faibles :
Héroïne un peu Mary-Sue
Points du scénario trop prévisibles
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***

Ce roman restera un agréable souvenir.

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rr

Warcross est une excellente surprise. C’est un roman dynamique, avec une profondeur indéniable, qui ne manque que d’un peu d’originalité scénaristique pour figurer dans mes francs coups de cœur. Rendez-vous pour le tome 2 !

 rr

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Starters, de Lissa Price

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Amitiés,
La Chimère.
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