Phobos, de Victor Dixen

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La Terre entière a les yeux rivés sur le cap de lancement Carneval, en Floride. Atlas Capital, une entreprise polyvalente à l’influence internationale, s’apprête à envoyer dans l’espace un vaisseau destiné à atterrir sur Mars, avec des humains à son bord. Les heureux élus seront les pionniers de la première colonie martienne. Sélectionnés grâce à l’exigeant programme Genesis lancé par Atlas, ce sont six jeunes hommes et six jeunes femmes qui investiront la planète rouge au terme de trois mois de voyage. Ils rejoindront leur nouveau foyer dans une ambiance très particulière : celle d’un véritable speed dating, qui sera retransmis en direct sur Terre. Leur périple fera l’objet d’une émission de téléréalité et devrait leur permettre, au bout de trois mois, de former six couples idéaux et fantasmés par le reste de l’humanité.
Léonor a été choisie par le programme Genesis. Jeune Française, orpheline et ancienne employée d’une usine de pâtée pour chiens, elle se retrouve dans la peau d’une héroïne, qui porte en son sein l’avenir de son espèce. Elle et ses cinq camarades, venues des quatre coins du monde, embarquent à bord du vaisseau Cupido, avec ces six garçons qu’elles n’ont jamais rencontrés. Il n’y a plus de place pour elles sur Terre, Mars les attend à bras ouverts. Trouveront-elles l’amour dans l’espace, parmi leurs six prétendants, sous l’œil des caméras ?
Ce que les pionniers ignorent, de même que le reste de la Terre, c’est qu’Atlas n’a pas créé le programme Genesis dans le glorieux but d’assurer le futur de l’humanité. Des objectifs confidentiels et fort condamnables animent ses dirigeants ; les douze adolescents, réduits à subir leur influence insidieuse, prisonniers de leur capsule perdue dans le vide, parviendront-ils à s’émanciper de leur contrôle ? Arriveront-ils entiers sur Mars ?

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Série publiée depuis 2015 aux éditions Robert Lafon, dans la collection R. Quadrilogie, qui comporte aussi un prequel. Format moyen, 432 pages.
Coût : 17,90€.
J’ai acheté le premier tome au salon du livre de Montreuil, lors d’une opération de découverte qui réduisait son prix à 9,99€. Et j’ai pu le faire dédicacer à Victor Dixen ensuite.

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Une petite mise en bouche…
« Léonor, dix-huit ans, citoyenne de la République française, sponsorisée par la maison de luxe Rosier & Merceaugnac, cosmétiques, alcools fins, mode et joaillerie, responsable Médecine : acceptez-vous de représenter l’Humanité sur Mars à partir de ce jour, et jusqu’au dernier de votre vie ? »
Au moment précis où je sens le directeur Lock prononcer ce dernier mot, -vie-, je sens un déclic se faire en moi.
Il n’est -pas- trop tard.
Il est encore temps de refuser. C’est mon choix, mon ultime liberté, et rien ni personne ne peut me l’enlever – ni l’année de formation, ni les dizaines de contrats que j’ai signés, ni les légions de spectateurs embusqués comme des murènes derrière leurs écrans pour les vingt-trois semaines à venir.
[…]
« Eh bien, Léonor, grésille la voix du directeur Lock. J’attends votre réponse… Les garçons attendent votre réponse… La Terre est suspendue à vos lèvres… »
Je relève lentement la tête.
Toutes les caméras sont braquées sur moi.

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J’ai longuement hésité à entamer cette série, parce que j’avais de forts préjugés dessus. Heureusement que la tentation a fini par l’emporter, parce que je serais passée à côté d’un roman à succès qui mérite bien sa renommée.
Phobos est un roman d’anticipation, qui pourrait se passer à peine quelques années dans le futur en matière d’innovation spatiale ; culturellement, c’est complètement notre époque. La série aborde beaucoup de thèmes cruciaux, au centre de nos préoccupations ; parmi d’autres, celui qui semble prédominer au premier plan est la téléréalité controversée. C’est elle que j’ai questionnée par instinct en découvrant son importance dans l’intrigue. Les personnages ne s’attardent pas dessus : en envoyant leur candidature au programme Genesis, ils savaient parfaitement à quoi s’en tenir… Mais – et j’espère que je ne serai pas la seule – voire le manque d’intimité des protagonistes à bord du Cupido m’a fait froid dans le dos. Le monde entier les surveille pour tenter de deviner à l’avance quels seront les élans de leurs cœurs ! Seule leur salle de bain est privatisée, et encore…
Le roman adopte une structure directement liée à l’univers de la télé : il se divise en Champs, Contrechamps et Hors-champs. Si les chapitres, définis comme des « actes », rappellent davantage le théâtre, les différents champs viennent du jargon cinématographique. Les champs, sous le regard des caméras, rapportent le point de vue de Léonor ; pour les contrechamps et les hors-champs, je te laisse la surprise… Par ce système particulier qui multiplie les points de vue, Victor Dixen prend un parti inhabituel : celui de la transparence.
C’est-à-dire que la majeure partie des enjeux de la série nous est révélée dès le premier tome, et ce sont des enjeux conséquents, qui normalement ne se dévoilent qu’au bout d’un deuxième tome, voire d’un troisième – la série en compte quatre, plus un préquel. Le phénomène peut décontenancer : habituée à essayer de deviner à l’avance les intentions machiavéliques de quelque personnage perçu comme maléfique, je me suis retrouvée avec des infos balancées dans le plus grand des calmes dès les premiers chapitres. Est-ce que ça m’a frustrée ? Un peu au début, mais on s’y fait rapidement. L’intérêt du roman est qu’il donne toutes les cartes à son lecteur d’entrée de jeu, mais réussit à le surprendre et à le tenir en haleine malgré tout. Sans compter la frustration de voir les personnages évoluer à leurs risques et périls, sans en savoir autant que le lecteur. Phobos ne joue pas sur les mystères de son intrigue, sinon sur la pluralité de sa construction avec ses multiples points de vue, et ça marche du tonnerre.
Le parti pris de tout révéler a aussi un contrecoup : certaines informations apparaissent d’une façon extrêmement superficielle, délivrées dans des dialogues assez moyens. Certes, la subtilité scénaristique n’est pas le fort de ce premier tome, mais on sent beaucoup trop la patte de l’auteur qui a voulu caser ici ou là telle donnée nécessaire pour la suite. Dommage. Néanmoins, ça reste relativement rare sur l’ensemble du roman.
Même si l’histoire implique à l’identique six garçons et six filles, et même si les points de vue nous offrent plusieurs narrateurs auxquels s’attacher, Léonor se démarque sans ambigüité comme héroïne de l’histoire. Elle est la seule à bénéficier d’une narration à la première personne du singulier, d’ailleurs. Léonor est pleine de défauts, et en fera démonstration à plusieurs reprises, quitte à en payer durement les conséquences. En tant que personne, je ne l’aime pas des masses ; en tant que personnage de roman par contre, elle envoie du lourd. Léonor la rousse, aux couleurs de Mars dès sa naissance ! Parlerait-on de destin ? La romance, qui apparaît comme nerf principal du roman dans la quatrième de couverture, n’a finalement pas tellement d’importance par rapport aux autres aspects de l’intrigue. C’est principalement la crainte de me retrouver avec une pure romance qui me rebutait pour entamer Phobos, mais c’est injustifié ! Il y a assez de romance pour combler les amateurs, mais pas suffisamment pour dégoûter les réfractaires. Et pour l’instant, on est loin de la romance adolescente cliché : il y a une vraie intensité, des moments forts et réellement émouvants, que du plaisir.

 

 

Points forts :
Héroïne forte et vindicative, très marquée dans le roman
Différents points de vue, parallélisme cinématographique
Romance présente, mais bien dosée et profonde
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Points faibles :
Quelques révélations insérées de façon peu crédible

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Shishi heureux. Coup de coeur modéré, très bon moment de lecture. A suivre !
 

 

 

Phobos est pour moi une très bonne surprise. Le succès ravageur de la saga a défrayé la blogosphère, et à mon avis ça ne s’arrêtera pas maintenant qu’est sorti le dernier tome ; ces romans vont durer, en tout cas je l’espère. Anticipation, suspense et passion : plus le temps d’hésiter, embarque à bord du Cupido pour trouver l’amour avec un grand A, à tes risques et périls…

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Si tu as aimé Phobos, tu aimeras…
Starters, de Lissa Price
Warcross, de Marie Lu

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Amitiés,
La Chimère.
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