Inséparables, de Sarah Crossan

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Tippi et Grace entrent au lycée cette année ; pour la première fois de leur vie, elles n’auront plus cours à la maison.
Tippi et Grace sont plus que des sœurs jumelles : elles sont siamoises.
Réunies à partir de la taille, elles se partagent deux têtes, quatre bras, deux jambes.
Marcher oui, mais avec des béquilles. Dormir, se vêtir ? Oui, mais avec du mobilier et des habits réalisés sur mesure.
Tippi et Grace ont de la chance, elles s’entendent bien. Mais au lycée, est-ce qu’on s’entendra bien avec elles ?
Tippi et Grace se sont promis que leur singularité ne les empêcherait pas de vivre. Elles se sont interdit une seule chose : tomber amoureuses. Malheureusement pour leurs bonnes résolutions, le lycée a plus d’une surprise dans ses couloirs…

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Roman publié aux éditions Rageot en 2017, initialement publié en Grande-Bretagne en 2015. Traduit de l’anglais par Clémentine Beauvais. Gros format, 406 pages.
Coût : 14,90€.
Ce roman a fait un carton en Angleterre : plein de fameux journaux en vantent la qualité, on lui a décerné le prix Carnegie Medal. Et arrivé en France, voici qu’on confie sa traduction à Clémentine Beauvais, rien que ça ! Je l’ai vu passer sur tous les réseaux sociaux en septembre, mais j’ai attendu décembre et le salon du livre de Montreuil pour enfin me laisser tenter. Comme l’autrice et la traductrice étaient toutes les deux présentes, mon exemplaire est dédicacé par Clémentine Beauvais et par Sarah Crossan. Collector !

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Une petite mise en bouche…
Pour mon dixième anniversaire
Maman m’a offert un pendentif
de patte de lapin en argent.
Je ne l’ai jamais quitté depuis,
jamais passé un jour sans
sentir la chance
pressée contre ma peau.
[…]
Tippi et Yasmeen n’écoutent pas.
Elles regardent un menu de vente à emporter
et choisissent des pizzas.
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‘Tu crois vraiment en ces trucs ?’
demande Jon.
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Je baisse les yeux,
me sens soudain très naïve.
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‘Je sais pas.
Mais ça peut pas faire de mal si ?’
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‘Je sais pas, dit-il,
lâchant la patte de lapin.
honnêtement, je sais pas.’

 

 

Eh oui, comme tu as pu le constater dans l’extrait proposé, Inséparables est un roman en vers libres. C’est à la mode en Angleterre, et le phénomène arrive peu à peu jusqu’en France. L’autre roman plutôt connu de notre côté de la Manche, et écrit en vers libres, c’est Songe à la douceur, signé… Clémentine Beauvais !
Les romans en vers libres, ça se lit facilement d’une traite. Ce fut le cas pour Inséparables et moi : en vingt-quatre heures, c’était plié, pendant le salon du livre de Montreuil en plus. Je suis toujours embêtée de chroniquer des romans étrangers, parce que la traduction pose pour moi un filtre sur la véritable écriture de l’auteur, et je ne sais plus si c’est lui ou le traducteur qu’il faut complimenter ou blâmer. Pour le coup, connaissant Clémentine Beauvais et son écriture, je suis plus à l’aise.
Sarah Crossan prend le parti de nous présenter une histoire qui brille par son originalité : des sœurs siamoises, c’est extrêmement rare. On n’en voit guère, en littérature, que dans des romans noirs tirés dans l’absurde, qui les utilise davantage pour leur particularité que pour leur identité d’êtres humains. Sarah Crossan fait un grand pas dans l’inconnu en nous présentant Tippi et Grace, qui ne sont ni absurdes ni dérangées, juste un peu différentes des adolescentes de seize ans qu’on a l’habitude de croiser dans la rue. D’ailleurs elles l’appuient elles-mêmes : les siamois se font discrets au quotidien, tant ils se savent méconnus de l’opinion mondiale. Pour le gros de la population, ils se réduisent à une sorte de légende urbaine à laquelle on croit puisque preuves scientifiques obligent, sans jamais en avoir rencontré.
Contrairement à ce que laisse suggérer sa quatrième de couverture (et mon résumé aussi, j’avoue), Inséparables n’est pas une romance, loin de là. La facette romantique de l’histoire n’a qu’une importance relative par rapport à son sujet principal, à savoir l’intégration des deux sœurs et de leur handicap dans leur lycée, et plus largement dans notre société. Grace et Tippi, loin du cocon protecteur de leur maison familiale, font front, expérimentent ; elles découvrent ce qui, pour n’importe quel autre adolescent de leur âge, ferait figure d’évidence au quotidien.
Nous suivons tout le roman du point de vue de Grace ; c’est la plus discrète des sœurs, la plus mesurée dans ses actions et ses sentiments. Quand Tippi donne du geste et de la voix pour marquer un mécontentement, elle le fait pour deux. Grace, elle observe. Elle apprend par son silence au lieu de s’opposer au monde entier pour prouver son existence, comme la tumultueuse Tippi. Il y a une graduation implicite entre elle et Tippi : elles ont beau partager le même corps, à force de trop s’imposer, Tippi effacerait presque Grace par moments.
Le roman partage ses enjeux entre l’évolution psychologique des sœurs confrontées à leur prochain, et la situation de personnes siamoises dans notre société d’un point de vue plus matériel. Inséparables fait aussi tomber beaucoup de tabous autour des fantaisies médicales que s’imaginent beaucoup de gens concernant les siamois. Grace et Tippi sont presque blasées de ces interrogations mais y répondent indirectement ; le lecteur pourra assouvir sa curiosité sans que le roman les place au premier plan.
Et par-dessus tout, il y a l’émotion. Je pense que la forme en vers libres facilite la perception des émotions portées par le roman ; la joie et les douleurs de Grace, ses moments d’optimisme, sa frustration quand son handicap la rattrape et la prive. Cet amour invincible qu’elle porte à Tippi en dépit des aléas de leur vie. Inséparables n’est pas une romance, mais ça reste un roman d’amour : un amour fraternel à la force et aux circonstances inhabituelles, qui ne peut que toucher le lecteur droit au cœur.

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Points forts :
Thème original et très bien traité, bien que compliqué à aborder
Roman qui ouvre les perspectives du lecteur sur une acceptation d’autrui
Amour ? Oui, mais pas de romance
Style en vers libres sert les valeurs du roman
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Points faibles :
Ça se lit vite, quand le sujet mérite approfondissement

 

ShishiShishi heureux. Très bonne lecture !

 

 

Je lis peu de romans réalistes, mais si tous ont la trempe d’Inséparables, qu’est-ce que je rate ! Un livre osé dans ses thèmes et touchant dans le traitement qu’il en fait. La forme en vers libres ouvre de nouveaux horizons littéraires. A lire absolument, car très instructif ; une ode à l’acceptation de son prochain, et toute la justesse de l’émancipation adolescente comme on la retrouve dans la littérature young adult de qualité.

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Si tu as aimé Inséparables, tu aimeras…
Songe à la douceur, de Clémentine Beauvais
Je suis ton soleil, de Marie Pavlenko

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Amitiés,
La Chimère.
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