Réda et la révolte des génies, de Florent Gounon

 

Attention !
Cette chronique traite du troisième tome d’une trilogie. Autrement dit, hauts risques de spoils dès le résumé ! Te voilà bien prévenu…

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Réda

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Réda, Khalil et Zaki ont réussi à déjouer la menace qui planait sur le royaume des magiciennes en démasquant la traîtresse qui s’en prenait à ses consœurs. Mais leur répit est de courte durée : un péril pire encore s’apprête à s’abattre sur le royaume d’Assia… Il s’immisce dans le cœur de chacun en y distillant de la peur, de la honte, du ressentiment… Dans l’ombre se prépare la révolte des génies, serviteurs de toujours des honnêtes sujets d’Assia, et elle risque fort de mettre le royaume à feu et à sang. Réda et ses amis n’en ont pas fini avec les ennemis de la Confrérie, décidément déterminés à prendre le pouvoir par le chaos. Le courage et la ruse seront les meilleurs armes de Réda pour sauver les siens de la ruine et assurer à Assia un avenir sans nuages.

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Roman publié en été 2017 aux éditions du Jasmin. Troisième tome d’une trilogie. Gros format, 333 pages.
Coût 16,50€.
J’ai acheté le premier tome de la trilogie, Réda et le maître génie, lors du salon du livre de Montreuil 2014, après avoir sympathisé avec son auteur par un heureux concours de circonstances. J’ai suivi l’avancement de la série jusqu’à cet ultime opus.

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Une petite mise en bouche…
Des mains apparurent dans la pièce et applaudirent vivement.
— Tu vois, Razi est d’accord avec moi. Notre calife, avec toute la sagesse qui le caractérise, a pris soin de veiller à ce que les gens ne prennent pas ce raccourci dans leurs pensées. Mais ce n’est pas gagné, apparemment…
— Et ne parlons pas des déclarations des uns et des autres, surtout ceux de l’opposition, ajouta Hanna. Afdal est en grande forme. Ses propos à l’encontre des génies n’ont jamais été aussi virulents, comme si ces meurtres le satisfaisaient ou le légitimaient.
— Mais les gens savent faire la part des choses, n’est-ce pas ? s’inquiéta Réda.
Farès soupira et sourit à son neveu.
— Je le souhaite mais ce n’est pas gagné d’avance. De ce que j’observe depuis hier, tout concourt au contraire et Hafid aura fort à faire. Espérons qu’il puisse mettre rapidement la main sur les tueurs. Comprendre leurs motivations et les neutraliser apaisera les esprits.
— Trois amies m’ont appelée, précisa Hanna. Elles ont résilié leurs contrats de génie auprès du syndicat car elles ont trop peur.
— Ce n’est que le début, répondit Farès, la mine sombre.

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Avec La révolte des génies, Florent Gounon finit sa trilogie en beauté. Ce dernier tome use de batailles à grande échelle – tel un glorieux final du Hobbit – pour le dernier voyage des lecteurs de Réda. Un résumé des romans précédents est proposé avant le texte en lui-même : très bonne initiative, vu qu’il y a deux ans de latence entre les sorties du deuxième et du troisième opus.
Certes, certains défauts persistent : notamment, celui qui me retourne le cerveau depuis le début de la série, et qui ne doit pas être aisé à corriger après des années de pratique. Car pour moi, il s’agit clairement d’un défaut, plutôt que d’un détail subjectivement déprécié. Il se résume avec le très connu « Show, don’t tell » : il s’agit de la place des descriptions dans le roman. C’est assez simple, elles sont omniprésentes. Elles prennent plus de place dans les scènes d’action que la narration en elle-même. Pourquoi est-ce problématique ? Le texte y perd toute sa fluidité ; c’est quasiment systématique dans ce genre d’écriture, sauf gros parti pris. Le principe du show don’t tell, c’est que ton lecteur a un QI suffisant pour comprendre l’essentiel de ton texte juste par la narration et les dialogues, sans avoir besoin d’une voix off qui lui décrit exhaustivement tout ce qui s’y passe. Souvent, l’écrivain a peur que sa narration ne suffise pas pour que le lecteur saisisse tous les éléments de son texte ; le surcharger de description n’arrangera pas les choses, au contraire. Ici, la description se substitue carrément à la narration, et c’est particulièrement dérangeant quand il est question des relations psychologiques que développent les protagonistes : alors que l’expression de sentiments est souvent l’occasion d’un certain mystère, d’une subtilité, la description exhaustive en ôte tout le piment. On se retrouve avec un compte-rendu de leurs états d’âmes distant qui, même s’il nous permet de ne rien rater de l’évolution des personnages, nous prive de toute la spontanéité de cette évolution, et c’est fort dommage… Cet attrait à la description se retrouve dans toutes les strates du roman, mais c’est particulièrement embêtant dans ce domaine-là.
Comme dans les tomes précédents, une foule de nouveaux personnages fait son entrée. Les noms sont tous d’origine arabique ; une oreille peu familière de ces sonorités aura bien du mal à tous les retenir, et surtout à ne pas les confondre entre eux. Alors que le roman semble proposer une société très évoluée sur l’égalité hommes-femmes, à l’exception des magiciennes et des génies qui incarnent des humains genrés, on a très peu de personnages humains et féminins actifs dans l’intrigue… Y a la copine de Réda et sa famille quoi. Dans la pléthore de personnages actifs proposés, je trouve ça un peu dommage ; un mauvais hasard sûrement. Ibtissem a quand même un sacré charisme, c’est mon personnage préféré !
Je ne classerais pas le roman en « tous publics », dans le sens où il a moins de chance de plaire à des lecteurs adultes. En dépit de son intrigue dynamique et de son univers original, il aborde des problématiques et adopte une forme peu sujette à séduire des lecteurs de fantasy exigeants. Traverser les générations, ça oui il peut le faire ! Parce que ses thèmes toucheront petits et grands avec la même sensibilité, quoiqu’avec une intensité différente. Après, comme on dit de certains livres de littérature qu’ils seront inintéressants pour des enfants, je dis que certains aspects de celui-ci n’intéresseront pas la majorité des adultes, comme la Confrérie des génies un peu bizarre ou les singeries loufoques de Zaki.
Néanmoins, il n’y a pas que de l’enfantin dans Réda et la révolte des génies : le roman propose une métaphore intéressante de problématiques qui touchent directement notre société contemporaine. A savoir, toute l’histoire des génies diffamés par une partie de la population, et à cause d’une minorité d’entre eux qui veulent mener une révolte. Tu as pu le voir dans l’extrait plus haut : bien que pas hyper subtilement, le livre met en scène une situation très similaire à celle qu’a traversé la France voici quelques années. Attentats, appels à la haine, et problèmes d’amalgame à absolument éviter. Le roman traite le sujet de façon à lui trouver un dénouement rapide et simplifié par rapport à son ampleur (qui est le dénouement même du roman, logique) mais ça ne l’empêche pas de faire passer un message de tolérance très important.
Je regrette un peu que la race des génies n’ait pas été davantage approfondie. Pas concernant ses représentants, mais sa nature même : on en sait très peu sur eux à la fin de la trilogie ! Il paraît qu’ils se reproduisent uniquement avec des êtres humains ; on ne verra jamais un couple mixte officiel. Aucune information supplémentaire non plus sur leurs capacités de polymorphes, leur quasi-omnipotence magique… Certes, cette ignorance ne fait pas obstacle à l’intrigue, mais je suis restée sur ma faim.
En parlant de fin. On a frôlé le deus ex machina quand même… A savoir, une situation qui se résout miraculeusement grâce à un recours totalement inconnu au lecteur, ce qui entache souvent la crédibilité d’une œuvre. Ce ne fut pas vraiment le cas pour Réda, mais presque ! Pas tant concernant l’intrigue principale que la résolution des problèmes de tous les protagonistes dans l’une des dernières scènes. Des éléments évoqués, qui auraient mérité d’être bien davantage étoffés pour me convaincre totalement, dont certains sont en étroit rapport avec la nature des génies complètement occultée, justement. Ça permet une fin satisfaisante pour beaucoup de personnages et le délire de deus n’est pas poussé suffisamment loin pour vraiment me faire bondir, néanmoins ça reste un peu piquant pour mon éthique de lectrice.

 

 

 

Points forts :
Intrigue originale
Univers original
Métaphore de la société contemporaine, message à délivrer
Dernier tome à la hauteur des enjeux de la trilogie
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Points faibles :
Florent, you need to show, don’t tell
Manque d’explications sur les génies
Fin un peu tirée par les cheveux

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ShishiShishi à l’aise. Bonne lecture, sans ressenti dominant : un bon bouquin qui entre dans la norme.

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Avec Réda, j’ai vécu une formidable aventure, qui s’est étendue sur plusieurs années. C’est à regret que je le quitte, après tant d’aventures à bord de son tapis volant ! Malgré quelques couacs à répétition (et Gibril, mon chouchou du tome 1, qui n’est pas réapparu RIP), j’ai beaucoup apprécié la lecture de cette trilogie et je souhaite fort retrouver la plume de Florent Gounon dans d’autres romans à l’avenir.

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Si tu as aimé les aventures de Réda, tu aimeras…
Les disparus du Pont de Pierre, de Jeanne Faivre d’Arcier
La Balance Brisée, de Lise Syven

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Amitiés,
La Chimère.
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