Les Sept de Babylone, de Taï-Marc Le Thanh

 

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Jasper Meade a treize ans. Collégien moyen, il préfère ses promenades secrètes sur les toits de Paris à ses cours de français. Le seul talent qu’il se connaît à ce jour : sa totale absence de vertige.
Un soir qu’il se repaissait de la beauté du ciel nocturne sur le toit de son immeuble, Jasper assiste à une singulière course-poursuite : deux hommes en traquent un troisième, et tous présentent des capacités physiques bien au-delà des normes humaines… Impliqué malgré lui dans leur affrontement, Jasper absorbe par mégarde le contenu d’une fiole étrange que protégeait le fuyard. Alors sa vie bascule, car devenu détenteur d’une puissance millénaire : il est désormais sous la protection des Sept de Babylone.
Les Sept de Babylone sont des êtres d’exception, ramenés à la vie par le pouvoir d’une pierre ancestrale. Pour que la pierre fonctionne, une seule condition : que quatorze ressuscités à la fois, et tous doivent appartenir à la mémoire collective des sociétés humaines. Ainsi, Jasper se retrouve entouré de Victor Hugo, Wolfgang Mozart, les frères Grimm, et bien d’autres. Mais les Sept de Babylone s’opposent à sept autres revenants, dirigés par Léonard de Vinci, qui ont pour objectif d’user de leur génie afin de dominer le XXIe siècle. Pour empêcher l’ordre du monde de basculer vers le chaos et contenir les dangereuses ambitions de Léonard, Jasper va prendre ses responsabilités et défier la gravité aux côtés de ses nouveaux amis…

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Roman publié en août 2017 aux éditions Slalom. Premier tome d’une trilogie. Format moyen, 380 pages (c’est écrit gros).
Coût : 14,90€.
J’ai gagné ce roman lors d’une Masse Critique organisée par Babelio.com. Merci à eux et aux éditions Slalom pour cet envoi ! Sinon, je connais Taï-Marc Le Thanh depuis 2015 et surveille son actualité de près. Après Jonah et Le jardin des épitaphes, il se lance dans une nouvelle et prometteuse trilogie.

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Une petite mise en bouche…
— Qu’est-ce que tu fais ? me crie Wolf.
Je tombe à genoux, incapable d’aller plus loin. Wolf s’accroupit à mon niveau.
— Il faut y aller, me presse-t-il d’une voix douce. Tu t’en es très bien sorti jusqu’à présent. Mais ce n’est pas le moment de faiblir. On est bientôt tirés d’affaire. Je t’en supplie, relève-toi.
Les sanglots se mêlent aux mots, m’empêchant de répondre.
— Je comprends, chuchote mon nouvel ami. Laisse-moi juste te faire une promesse.
Il me fixe de ses yeux clairs. L’intensité de son regard provoque en moi un vertige terrible. Il approche son visage du mien :
— Lorsque nous serons en sécurité, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que tu deviennes plus fort. Bien plus fort.
Il m’adresse un sourire d’une bienveillance telle que je me sens traversé par un courant de réconfort.

 

Après le retentissant succès de Jonah, Taï-Marc Le Thanh se détend avec une série plus légère, une trilogie. Cette fois-ci, le fantastique s’invite avec davantage de franchise, quand dans Jonah il servait surtout d’élément à dimension absurde et poétique. La trame de base n’a rien de particulièrement original : un adolescent au talent particulier qui se retrouve entraîné dans une aventure surnaturelle et qui, à cette occasion, apprendra à mûrir et à se dépasser. Cet aspect très générique n’empêche pas d’apprécier la lecture, mais les amateurs d’innovation en fantastique jeunesse risquent de s’ennuyer. Par exemple, l’idée de la pierre magique m’apparaît surtout comme un prétexte pour créer l’univers ; un bon prétexte, mais un prétexte néanmoins. Au début, je peinais à entrer dans l’histoire. Il fallait comprendre l’essence véritable des 7 de Babylone : il s’agit surtout d’un roman d’amusement sans prise de tête. C’est-à-dire : que tu aies moins de treize ans et que les aventures de Jasper fassent battre ton cœur à toute vitesse à chaque fois qu’il enjambe le bord d’un toit, ou que tu en aies vingt et que tu cherches uniquement du divertissement pur pour retrouver ton âme d’enfant, tu trouveras un intérêt à lire Les 7 de Babylone. Si de base je le lisais en pensant y retrouver la finesse et l’avant-gardisme de Jonah, j’ai fini par revoir mes objectifs pour ne pas finir déçue !
Les 7 de Babylone ont pour ambition manifeste de faire accéder leurs lecteurs aux grandes figures de la mémoire collective, quelle que soit leur discipline. Et c’est un franc succès, avec une quinzaine de personnages d’Histoire présentés dans ce seul tome 1. La légèreté est au rendez-vous : j’ai trouvé que ça manquait parfois d’approfondissement, dans le sens où si les personnalités sont développées et acquièrent rapidement des caractères spécifiques, les références laissent à désirer. Après, cet argument vaut ce qu’il vaut, parce que comme il s’agit d’un roman clairement jeunesse, il y a peut-être une volonté de ne pas complexifier à outrance pour ne pas décourager le public visé – à savoir les préados, voire les 8-10 ans. En dépit de ce développement qui reste en surface, la « vulgarisation » des figures historiques est efficace. Le décalage entre leur culture et notre monde contemporain amène des situations rigolotes sans devenir pesant ; surtout que si certains n’ont que quelques siècles de retard, pour d’autres ça se compte en millénaires !
Seule véritable déception, les pseudonymes employés pour désigner lesdites figures, entre eux et dans la narration. Chacun des Sept de Babylone en a adopté un, plus ou moins ressemblant à son prénom d’origine, mais je les ai trouvés très peu travaillés. Mozart devient Wolf, Victor Hugo Toth (pas une fois n’est fait le lien avec la divinité égyptienne, si ça vient bel et bien de là), Jake et Will pour Jacob et Wilhelm Grimm… A croire que tout a été anglicisé, que les noms exotiques ont été raccourcis en courts sobriquets de deux ou trois syllabes maximum. Ce que je trouve extrêmement dommage, car certes ça vulgarise pour les jeunes lecteurs, mais les personnages déjà un peu malmenés perdent le peu de profondeur historique qui leur restait. Alors que cette série pourrait être, justement, une occasion d’approfondir la culture générale des lecteurs en proposant de découvrir des aspects inédits mais véridiques de leur histoire, on dirait que tout le contraire a été décidé. Nous verrons Victor écrire et Wolfgang jouer du piano, mais ça ne va guère plus loin… Ce sont de tous nouveaux protagonistes qui sont créés sur la base de leurs homologues historiques, avec des spécificités triées au compte-goutte dans l’unique intérêt du roman ; des personnages entiers, mais amputés de ce qui devait faire leur originalité. Serait-ce pour que les plus jeunes n’aient pas l’impression de lire un roman trop scolaire, qui tenterait de leur imposer un savoir soi-disant en s’amusant ? Qui sait. A voir si cela s’améliore dans les tomes à venir, puisque le premier pose quelques bases susceptibles de développer l’aspect historique – pour ceux qui l’ont lu, je pense surtout aux séquelles maléfiques de la pierre évoquées par Victor Hugo.
Mais ce que je retiendrai surtout de ce premier tome, c’est son intensité. Ses scènes d’action rocambolesques, ses combats en plein Paris qui tordent le nez de la gravité et de la crédibilité, mais qui en a cure ? C’est l’éclate la plus totale, la liberté de ses protagonistes. En cela, le roman marque tous ses points et fera passer un excellent moment à tous les amateurs d’aventures.

 

 

Points forts
Roman tous publics
Scènes d’action remarquables
Un héros plein de défauts qui évolue beaucoup
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Points faibles
Aspect historique peu développé
Surnoms étranges des personnages

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ShishiShishi à l’aise. Bonne lecture, sans ressenti dominant : un bon bouquin qui entre dans la norme. Ou qui est trop spécial pour être davantage apprécié, c’est selon.

 

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Malgré quelques impasses historiques et une simplicité qui pourra décourager les lecteurs en quête de challenge, ce premier tome des 7 de Babylone prouve la dextérité de Taï-Marc Le Thanh en matière de romans jeunesse, et son expérience. Pour les petits et les grands, du mystère et des cascades, des personnages hauts en couleurs : une trilogie prometteuse.

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Si tu as aimé Les 7 de Babylone, tu aimeras…
Jonah, de Taï-Marc Le Thanh
Vango, de Timothée de Fombelle
Tobie Lolness, de Timothée de Fombelle

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Amitiés,
La Chimère.
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1 commentaire

Les sortilèges des mots · 22 décembre 2017 à 11 h 24 min

J’ai adoré ce roman. C’est vrai qu’il y a peu d’aspect historique mais je pense que ça peut attiser la curiosité des lecteurs.

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