Nos âmes plurielles, de Samantha Bailly

 

Attention !
Cette chronique traite du dernier tome de la trilogie Nos âmes jumelles, de Samantha Bailly. Si tu n’as pas lu les deux tomes précédents, lire cette chronique te spoilerait de nombreux éléments cruciaux ! Alors passe ton chemin, ou poursuis ta route en lecteur averti.

 rr

Nos âmes

rr

Ça y est, Lou et Sonia en ont fini avec le lycée. Leur bac en poche, elles s’installent à Paris en coloc pour suivre leurs études : l’école des Gobelins pour Lou, une fac de philosophie pour Sonia. Parallèlement, elles veulent continuer d’alimenter Trames jumelles, leur blog de BD, mais le temps leur manque et elles finissent par opter pour un nouveau format de diffusion pour leur travail : une chaîne YouTube…
Aux Gobelins, Lou découvre des gens insolemment talentueux qui la poussent à remettre en doute ses propres capacités ; pour mieux rebondir ? Sonia, elle, endure ses premiers déboires d’écrivaine au contact de prestigieuses maisons d’éditions qui, malheureusement, refusent son premier manuscrit…
Jusqu’ici, Lou et Sonia se côtoyaient par le filtre d’Internet, s’accompagnaient l’une et l’autre au quotidien par écrans interposés. Désormais qu’elles vivent sous le même toit et doivent composer leur rythme de vie en tandem, quelques frictions apparaissent. De quoi mettre en péril l’amitié si précieuse qu’elles ont construite deux ans durant ?

 rr

Roman publié en novembre 2017 aux éditions Rageot. Troisième tome d’une trilogie.
Format moyen. 295 pages (mais c’est écrit SUPER gros).
Coût : 13,90€.
Le 2 novembre 2017, je me suis réveillée insolemment tôt en pleine semaine de vacances (huit heures du matin, mes aïeux) pour tracer en librairie et l’acheter sans plus de cérémonie. Des mois que je l’attendais. Je la suis de près, cette trilogie !

 rr

– Ah, le blog…
Auparavant, Lou formulait le mot « blog » avec un enthousiasme débordant. Aujourd’hui, on dirait qu’elle le prononce du bout des lèvres, avec une certaine condescendance.
– Quoi ? fait Sonia, soudain tendue.
– Non… rien… c’est juste que mon style a tellement évolué ces dernières semaines… Je me dis que ça ne sera pas très harmonieux.
Sonia s’approche des illustrations en train de sécher sur la table. En effet, ses derniers dessins sont différents de ce qu’elle a l’habitude de faire. Moins manga, plus réalistes. Et surtout, l’utilisation des couleurs : elle a laissé de côté le numérique pour l’aquarelle. Aucun doute, elle est en train de passer un cap artistique.
– Justement, dit Sonia, c’est superbe ! Alors autant partir dans cette nouvelle direction.
Lou garde un silence éloquent. Un silence qui heurte Sonia. Depuis le début de cette aventure, toutes deux ont déployé une énergie incroyable pour faire vivre ce projet. Sentir ce décalage de motivation se creuser entre elles est douloureux.

 rr

J’ai lu chacun des trois tomes de cette trilogie en deux jours maximum. Parce que l’écriture n’est guère compliquée à approcher, que c’est vraiment écrit très gros (une raison particulière ?) et surtout, parce que la série est addictive. Chaque tome relate une année scolaire de Lou et Sonia, avec un chapitre par mois et par fille. La trilogie aborde la période charnière entre le lycée et le début des études postbac et, surtout, l’élan et l’évolution créatifs des deux héroïnes. Avec leur amitié en fil rouge, la série explore une multitude de thèmes différents parmi lesquels les premières amours balbutiantes et diablement naïves, l’émancipation vis-à-vis de la famille, le rude passage du lycée au postbac, les difficultés rencontrées par les jeunes artistes cherchant à se professionnaliser… Un sacré ramdam, en somme, mais tellement réaliste.
Qu’on se le dise, je lis très rarement des romans comme Nos âmes, parce que la littérature réaliste n’est vraiment pas ma tasse de thé. Mais Nos âmes jumelles, le premier tome, m’a directement accrochée par sa thématique principale qui le démarque des autres romans : le parcours artistique tel qu’il débute à l’adolescence, les paliers de maturité et de qualité à gravir, les premiers échecs, la relation souvent tendue qu’il entretient avec le cocon familial. Tu l’auras deviné : j’ai suivi la série par souci d’identification. Parce qu’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu énormément de mal à m’identifier aux héros de roman, et Nos âmes jumelles fait figure d’exception à la règle. Certes, Sonia et moi avons des caractères extrêmement divergents, et une approche de l’écriture très différente aussi, mais trouver un personnage de lycéenne avec ce genre de profil artistique m’a tout de suite conquise.
Comme les tomes précédents, Nos âmes plurielles offre à ses lecteurs un aperçu très juste et détaillé du quotidien de ses héroïnes. En partie autobiographique, le roman a aussi nécessité beaucoup de documentation pour son autrice : elle a notamment visité l’école des Gobelins uniquement dans le but d’en donner la version la plus crédible possible dans les chapitres de Lou. Entre les galères de coloc de Lou et Sonia, leurs fêtes étudiantes, le contenu de leurs cours ou les lieux parisiens qu’elles visitent, tous les ingrédients sont au rendez-vous pour garantir une totale immersion. Si les tomes précédents, se déroulant au lycée, avaient trouvé une résonnance particulière chez moi grâce à l’identification, Nos âmes plurielles ne fait pas tache dans ma vision d’ensemble car l’autrice a veillé à ce que son cadre soit aussi détaillé que précédemment, quoique d’un point de vue différent.
Je ne m’attarderai pas dessus, mais les histoires de cœur de nos deux demoiselles en éveil continuent de plus belle. Les amours adolescentes, pas plus ma tasse de thé que les romans réalistes, pas de bol. Néanmoins il semble que, là aussi, l’autrice ait fait du bon boulot question crédibilité. Vous me confirmerez ?
L’un des indéniables points forts de Samantha Bailly, c’est de décrire les émotions. Après, ça passe ou ça casse, parce que sa plume est empreinte d’une grande tendresse et d’un certain sentimentalisme qu’il peut être difficile d’apprécier. J’ai d’ailleurs l’impression que son écriture évolue rapidement et sûrement vers le développement de cette qualité : il n’y a qu’à voir ce que dégorgent Nos âmes plurielles et l’intégralité de ce qu’elle publie quotidiennement sur ses réseaux sociaux. C’est du même ton. Ça ne m’a pas particulièrement dérangée dans le sens où c’est très bien écrit. Samantha nous parle avec son cœur et difficile d’y rester insensible. Les chapitres de Sonia, majoritairement plus poétiques que ceux de Lou, se prêtent à l’exercice de cette expression émotionnelle avec une justesse particulière. Sonia aime jouer avec les mots et il y a une délicatesse supplémentaire dans sa narration. Sans parler des passages-clés où elle achève un texte ou en commence un nouveau, fait douloureusement face à la page blanche… D’ailleurs, Samantha Bailly a repris un passage du roman en vidéo sur sa chaîne YouTube : « [Coulisses] Mon bureau : une chambre à soi ». Avec un peu d’attention, tu pourras le retrouver, un rien adapté, dans Nos âmes plurielles… Ce qui appuie fortement l’aspect autobiographique de la trilogie.
La précarité des créateurs est cruciale pour Samantha Bailly, elle le deviendra aussi pour ses héroïnes. En tant que présidente de la Charte des auteurs Jeunesse, Samantha s’engage quotidiennement pour tenter de vaincre cette précarité : pas étonnant que le sujet revienne dans Nos âmes, que Lou et Sonia doivent faire face à cette menace quant à leur vie de futures artistes. Heureusement que le lecteur garde la certitude qu’elles parviendront à atteindre leurs rêves, grâce aux dialogues discrets que tiennent leurs versions adultes à chaque début de chapitre.
Lire Nos âmes plurielles a pour moi été l’occasion de rouvrir aux hasards les deux tomes précédents. Depuis leur rentrée en première, Lou et Sonia ont évolué, gagné en maturité ; tant individuellement qu’en duo. Elles se ressemblent si peu d’un point de vue caractériel, et pourtant leurs âmes s’accordent toujours avec autant de justesse au fil des ans. Des amitiés comme ça, est-ce qu’on n’en trouve que dans les romans ? J’ai été déçue de constater que presque aucune allusion n’est faite aux premiers pas professionnels de Lou et Sonia. Les gens du fanzine, envolés ! Jamais mentionnés, tout juste retrouvera-t-on une trace de Mia, l’autrice de bande dessinée. Je trouve dommage, vu l’importance que ça avait dans le tome 1, que la boucle ne soit pas bouclée.
Légère réserve qui perdure sur Mathieu, seul personnage LGBT+ de l’histoire, qui fait insolemment figure de représentant de minorité pour le quota du roman. C’est vrai quoi, il y a un nombre très élevé de jeunes adultes dans l’histoire, de notre génération, et un seul personnage gay, meilleur ami de Sonia, avec qui elle partage ses histoires de cœur. Ça fait un peu beaucoup pour un seul gars, et pour une autrice a priori ouverte d’esprit comme Samantha. Bien dommage !
(Ai-je été la seule à maladivement shiper Lou et Anaïs, qui suivaient quand même les bons gros clichés du couple lesbien de base à la Life is strange ?)

 

 

Points forts :
Réalisme
Intensité émotionnelle
Engagement pour dénoncer les injustices de la précarité des artistes
 rr
Points faibles :
Intensité émotionnelle qui peut paraître exagérée
Manque des éléments pour pleinement « boucler la boucle » de la trilogie
Personnage de Mathieu qui fait figure de quota à remplir

 rr

ShishiShishi heureux. Coup de coeur modéré !

 

 

 

Nos âmes plurielles concluent en beauté une trilogie qui parlera à la majorité des adolescents de notre époque. Après, à prendre avec des pincettes dans le sens où les chemins qui mènent à la professionnalisation artistique sont si divers qu’il serait impossible de tous les énumérer. Nos âmes présentent un chemin comme un autre, qui prend Internet comme vecteur pour le succès. Une voie qui séduit beaucoup de nos jours.

 rr

Si tu as aimé Nos âmes plurielles, tu aimeras…
3 000 façons de dire je t’aime, de Marie-Aude Murail
Souvenirs perdus, de Samantha Bailly

 rr

Bonus :
Le site de Samantha Bailly
Sa chaîne YouTube, qui regorge de vidéos de vulgarisation intéressantes

 

Amitiés,
Chimère.
Partager sur les réseaux sociaux

5 commentaires

Vivrelire · 27 novembre 2017 à 18 h 28 min

Et bien ces romans ne me faisaient pas envie plus que ça mais tu me mets l’eau à la bouche ! Je pourrai peut être profiter de Montreuil pour acheter le 1er tome, l’auteure sera présente non ?

    chinmokuchimere · 27 novembre 2017 à 21 h 56 min

    Dommage qu’à la lecture de cet article, tu te sois spoilé autant de détails de l’histoire…^^ mais oui, ça sera une bonne occasion !

      Vivrelire · 28 novembre 2017 à 12 h 57 min

      Ça ne me dérange pas du tout, j’aime bien être spoilé parfois ^^.

        chinmokuchimere · 28 novembre 2017 à 21 h 09 min

        Ahah ok x) Cool que tu ailles à Montreuil ! On se croisera peut-être dans la queue pour Samantha 😉

          Vivrelire · 29 novembre 2017 à 9 h 38 min

          Ouiii ce serait trop cool !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *