Le club des punks contre l’apocalypse zombie, de Karim Berrouka

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Le club des punks contre l'apocalypse zombie

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Voici venue l’apocalypse zombie ! La quasi-totalité des Parisiens s’est transformée en morts-vivants affamés et parcoure désormais les rues à la recherche des rares survivants, affamée de chair fraîche. Dans un squat du quartier Ménilmontant, Deuspi et Fonsdé, deux punks destroy, se réveillent d’une longue nuit d’errance sous stupéfiants et découvrent – avec un certain détachement – le chaos qui s’est emparé de leur belle capitale. Kropotkine, un autre habitant du squat, et accessoirement le dernier anarcho-mao-libertaire-autonome de la planète, voit les choses en grand : les zombies ont renversé l’Etat capitaliste, la révolution est en marche. Il prévoit de braver tous les dangers de l’extérieur pour aller planter le drapeau anarchiste au sommet de la Tour Eiffel. Ensuite, ils iront démanteler quelques réseaux de nantis qui cherchent à recréer la société moderne à petite échelle. Ensuite encore, ils se fumeront certainement quelques joints en écoutant la crème de la musique punk. Sacré programme ! Comme quoi, l’apocalypse zombie a du bon. Surtout pour le Collectif du 25 de Ménilmontant, avec ses keupons destroys, anarchistes, bouffeurs de graines et militants de l’extrême.

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Roman publié en août 2017 aux éditions J’ai Lu. Format poche, 413 pages.
Coût : 8€.
J’ai reçu ce roman à chroniquer dans le cadre d’une Masse Critique de Babelio. Merci aux éditions J’ai Lu pour cet envoi !

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Une petite mise en bouche…
Dong !
Fonsdé a aligné un tir parfait. Etonnant quand même pour un type qui abhorre autant les militaires que les armes. On pourrait croire qu’il a passé sa préadolescence à embusquer du scout – ce qui n’est probablement pas très loin de la vérité.
Mouvement en contrebas. Un des flics a tenté une sortie : une dizaine de mètres en rampant. Il se relève d’un bond et fonce tel un dératé retrouver ses potes barricadés dans un resto, tandis que les décérébrés s’agglutinent devant la vitrine en bavant. Deuspi et Fonsdé se mettent à pouffer comme deux écoliers qui viendraient de coller un coussin péteur sous les fesses de l’institutrice. Trop cons…
— C’est dommage qu’on peut pas exploser la vitrine avec les plombs…
Eva se relève doucement, leur lance un regard un peu cicronspect, puis retourne vers le squat en soupirant.
Après tout, se dit-elle, ces enfoirés de la BAC l’ont cherché. A force de tourner à la haine, à l’arrogance et au mépris, ils ne pouvaient pas espérer faire naître la compassion ? On verra bien si Chevallier et Laspalès version No Future tombent à court de munitions ou se lassent de leur jeu avant que les types se fassent tous bouffer.

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  Le club des punks carbure à l’humour noir et à l’auto-dérision. En même temps, avec une intrigue et des protagonistes aussi barrés, il vaut mieux ! Tu n’es ni punk, ni militant, ni même végan ? Aucune crainte à avoir : Le club ne se prend pas au sérieux, ou alors si peu. Que tu adhères ou pas à ces causes, le roman t’en fera voir des belles et des pas mûres jusqu’à t’arracher le sourire.
Rien qu’au titre du livre, on devine que l’humour noir règnera en maître… Les zombies grouillent, font beaucoup de victimes, et les héros sont tellement perchés qu’ils considèrent la situation mondiale avec un cynisme à tirer des frissons. A côté de ça, leur décalage avec notre vision coutumière de l’apocalypse zombie est à mourir de rire, évidemment : Deuspi et Fonsdé qui font du tir à la carabine sur les policiers embusqués dans la rue d’en face, Eva qui multiplie les hypothèses sur le lien entre l’apocalypse et la malveillance de ses homologues humains dominés par leur faim de barbaque, j’en passe et des meilleures. Le personnage d’Eva est utilisé pour générer de l’humour sur les causes diverses et variées qu’elle défend au quotidien, mais pas de dévalorisation par le rire : juste de l’auto-dérision. Comme pour l’anarchisme convaincu de Kropotkine ou le je-m’en-foutisme des frères punks destroys, qu’on soit ou pas inclus dans cette communauté, je pense qu’on ne perçoit pas les choses différemment. L’auteur s’est éclaté à l’écriture et s’il défend beaucoup de causes à travers ses protagonistes, il les tourne aussi en ridicule avec recul et bonne humeur, comme pour contrebalancer un aspect engagé qu’il ne voulait pas comme fil directeur de son œuvre. Finalement, on n’est pas loin de la satyre. Si le point de vue reste majoritairement interne et change selon le narrateur de l’histoire, la présence occasionnelle d’un narrateur omniscient permet des traits d’humour sur le narrateur lui-même, comme de légères moqueries de son comportement, ou une prise de recul sur ses actions. Ça reste suffisamment discret pour nous faire sourire à chaque fois sans devenir pesant.
Dans le roman se côtoient des registres vulgaire et étonnamment soutenu ; un véritable OVNI. Ça donne un style très… fleuri, avec un vocabulaire très large qui passe de jargons techniques à du pur verlan. Attention aux passages trash, concernant les zombies notamment, qui pourront en écœurer certains, mais franchement il y a pire. La narration et les descriptions restent très fluides en dépit de cette complexité.
Le récit regorge de références à la culture punk, principalement musicales. Au bas mot, quinze groupes différents nommés, avec des chansons en exemple ! ça peut déstabiliser si comme moi, tu ne connais pas un traître code de ce milieu, mais ça ne handicape pas la lecture au-delà du raisonnable. Au contraire, ça favorise beaucoup l’immersion dans le roman et je suis sûre que beaucoup de punks apprécieront l’étendue du savoir de Karim Berrouka sur le sujet.
Ce qui m’a le plus marquée avec un peu de recul sur le roman, c’est la puissance du parti pris exprimé. Les protagonistes ne considèrent jamais l’apocalypse zombie comme un événement néfaste et porteur des pires malheurs, sinon comme une opportunité de renverser le système actuel et d’en profiter pour créer une nouvelle société, certes mieux adaptée à l’épanouissement de la race humaine, mais qui aura quand même nécessité un sacrifice effroyable pour se construire. Ici, l’apocalypse n’est abordée presque que comme une catharsis planétaire, un événement positif en somme ; pour le coup, ça contraste énormément avec ce qu’on a l’habitude de voir en post-apocalyptique.
La fin est… indescriptible. Un coup de maître. Parce que c’est inattendu, hilarant, et que ça fait beaucoup réfléchir sur nos héros anarchistes. Le roman se conclue en apothéose, les éléments distillés tout au long du récit s’expliquent d’un coup et c’est drôle et magistral.

 

 

Points forts :
Héros déjantés
Style fluide en dépit de sa complexité
Vocabulaire très varié
Intrigue rocambolesque
Ethique des personnages inhabituelle et dépeinte avec talent
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Points faibles :
Grosses références à la culture punk qui restent hermétiques aux non-initiés
Quelque peu violent, attention aux sensibles
Nécessite une certaine maturité pour la lecture

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ShishiShishi enchanté. Coup de coeur qui emballe presque à la perfection. Quasiment dans mon élite !

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Complètement hors des clous et délicieusement punk, qu’on adhère ou pas au mouvement, Le club des punks contre l’apocalypse zombie est un roman exceptionnel. Il nous fait découvrir une manière insoupçonnée et diaboliquement géniale de traiter le thème de la déferlante zombie, déjà vue et revue dans nos contemporains. A découvrir de toute urgence pourvu que tu aies le cœur bien accroché, la dérision facile et suffisamment de maturité pour garder du recul et ne pas aller illico planter un drapeau anarchiste en haut de la Tour Eiffel.

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Amitiés,
La Chimère.
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