Colorado Train, de Thibault Vermot

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Colorado Train

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Colorado, 1969.
  Suzie, Michael, Calvin, Donnie, Durham et George forment une bande d’amis très soudés. Ils font les quatre cents coups ensemble : à l’école, dans les rues de Durango ou en pleine nuit dans la nature, ils bricolent, médisent de concert sur les célébrités de leur petite ville de campagne, s’organisent des soirées sauvages dans leur cabane commune avec des hot-dogs et des histoires qui font peur. Une enfance saine qu’ils savourent avec toute la candeur de leur dizaine d’années… Jusqu’à ce que la réalité les rattrape. Une réalité sombre et crue, qui frise tant l’irrationnel qu’ils commencent à se demander si les contes qu’ils se racontent pour s’effrayer ne contiendraient pas un fond de vérité.
  L’un de leurs camarades de classe est retrouvé mort et partiellement dévoré en pleine nature. Les adultes piétinent, mais la petite bande s’interroge : et si le croque-mitaine ou même, un Wendigo, s’était échappé de leurs histoires du soir pour venir les hanter ?
  Fera-t-il plus d’une victime ?

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Roman publié en septembre 2017 aux éditions Sarbacane, collection Exprim. Roman lu en ebook, 365 pages.
Coût : 16€.
  Ce roman est un service presse, lu en partenariat avec les éditions Sarbacane. Merci à eux pour cet envoi !

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  J’ouvre l’œil lorsque la faim me tord le ventre.
  Dans le ciel du Colorado, une seule étoile brille comme un œil attentif et curieux.
  Je relève mon chapeau. Il est minuit.
  Alors, sous la lune qui rit, je cours à travers champs et saute dans le premier convoi qui passe.
  J’élève un hanneton qui dort et parfois se réveille, tournant tout autour de la boîte de mon crâne.
  Ils m’ont chassé des villes.
  Je sors la carte de mes poches. Des rails minuscules, des balafres pour guides.
  La lune fait briller les noms.
  La lune – elle rit pour se moquer de mon ombre, trop grande et difforme… Je la salue d’un coup de chapeau !
 
  Le blé pourrit sous mes pas.

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Colorado Train est un roman d’horreur. Et si les scènes de pure violence restent mesurées, la seule ambiance du roman suffira à te coller des frissons d’effroi.
  L’immersion dans le Colorado des années 60 est totale : par le style libéré de l’auteur, la simplicité de ses descriptions diablement efficaces, les caractères de ses protagonistes qui, à eux seuls, en disent long sur leur environnement social. Le roman se partage entre deux ambiances qui s’alterneront jusqu’à se rejoindre en dépit de leurs divergences : le suspense malsain de la menace qui plane sur Durango et la franche camaraderie des héros, souvent troublante de naïveté. En effet, la bande aborde le danger avec un mélange de sérieux enfantin et de franche imprudence : s’ils continuent d’enquêter même quand les adultes crient au forfait, certaines de leurs actions les mettent en péril au-delà de toute prudence élémentaire. Néanmoins, dans Colorado Train, nulle enquête pleine de rebondissements à la sauce du Club des Cinq : si nos six écoliers organisent pistages et escapades, rien ne dit que l’un d’eux ne finira pas en petites coupures au détour d’une colline ou d’un tunnel minier. Leur insouciance fait parfois peur au lecteur qui, avec davantage de recul, saisit toute la mesure du danger qui les guette. Les courts passages narrés du point de vue de la créature ennemie, disséminés à des moments stratégiques du roman, ne font que renforcer cette angoisse.
  Le roman m’a énormément fait penser au jeu vidéo « Until Dawn », qui a fait un tabac voici un an et qui continue de resurgir régulièrement dans les tendances let’s play de YouTube (Squeezie avait des vidéos dessus, tu te souviens ?). Un jeu aux fins multiples qui présente une bande d’ados seuls dans une montagne, aux prises avec un mystérieux tueur ; jusqu’à ce que les menaces s’élargissent jusqu’à inclure la légende des Wendigos, humains maudits qui se transforment en créatures assoiffées de sang après avoir mangé de la chair humaine pour la première fois. L’ambiance poignante d’horreur du jeu vidéo et le gameplay basé sur des choix propres au joueur, toujours décisifs pour la suite de l’histoire, ont fait son succès.
  Et dès les premières mentions de la légende du Wendigo dans le roman, je suis brutalement revenue un an en arrière, quand je flippais devant mon ordinateur en suivant les péripéties de la bande d’adolescents aux prises avec des forces surnaturelles qui les dépassent complètement… Car c’est aussi l’un des enjeux du roman : et si l’entité qui menace les habitants de Durango n’avait rien d’humain ? Le roman peut-il se classer en littérature fantastique ? Des éléments de réponse sont vite apportés, de manière assez secondaire néanmoins, ce qui fait que malgré des indices, l’ambiguïté planera longtemps sur les pages. Et tant mieux : le lecteur lui-même, perdu entre ses certitudes et les événements glaçants qui perturbent celles des personnages, n’en sera que plus inquiet et réceptif aux enjeux de l’intrigue…
  Comme tu as pu le voir dans l’extrait du roman proposé plus haut, l’auteur laisse à sa plume une remarquable liberté en matière d’esthétique. Ce retour à la ligne à chaque phrase n’est pas systématique mais crée une musicalité certaine et hache les pensées des personnages ; pour rajouter du suspense, de l’intensité ou de la poésie ? ça dépendra des circonstances. En tout cas, il est indéniable qu’il maîtrise parfaitement ces effets de style. La forme au service du fond, et avec efficacité, je ne peux qu’approuver. Il dispose également d’une richesse de vocabulaire qui, bien que déconcertante dans les premières pages, permet une immersion de qualité au fur et à mesure que l’intrigue se corse. En alliant métaphores poétiques et passages crus, Thibaut Vermot balade son lecteur au gré de ses intentions sans jamais dévoiler ses ficelles.
  La narration alterne entre différents points de vue : on suit tour à tour les enfants, selon leurs actions en solitaire ou leurs pensées particulières, et parfois, on a le droit à quelques phrases volées à la psyché du tueur, jetées sur la page avec cruauté et sauvagerie. De quoi créer un contraste saisissant avec les aventures des héros, qui se comportent parfois comme si toute cette enquête n’était qu’une vaste chasse au trésor – leur âge oblige… Même quand ils prennent un peu de bon temps ou s’autorisent quelques blagues en pleine expédition, jamais le lecteur n’oublie, lui, que le danger qui plane sur eux est bien réel, fantastique ou pas. Que la créature qu’ils traquent, et qui parfois les traque à leur insu, est assoiffée de sang et ne reculera devant rien pour leur mettre la main dessus.

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Points forts :
Oscille entre réalisme et fantastique
Horreur froide et efficace
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Points faibles :
Comportement des héros parfois stéréotypé

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Shishi heureux. Coup de coeur modéré, très bon moment de lecture mais pas assez emballée pour le retenir sur le très long terme.

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Attention, si avoir affaire à du cannibalisme dans un roman te révulse particulièrement, passe ton tour. En revanche, si quelques frissons de dégoût ne te font pas peur, n’hésite pas à sauter dans un wagon de train direction Durango… Croque-mitaine et Wendigos t’attendent et crois-moi, ils crèvent la dalle.

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Si tu as aimé Colorado Train, tu aimeras…
« Until Dawn », sur PS4, sorti en 2015
100 000 canards par un doux soir d’orage, de Thomas Carreras
Le songe d’Adam, de Sébastien Péguin

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Amitiés,
Chimène.
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